Qui écrit le contexte dirige la flotte
Aux AI Days, nous avons parlé d’ingénierie de contexte à trois voix. Notre parti pris : ces techniques se pensent d’abord pour les humains. Six d’entre elles, et ce qu’elles déplacent.
Tiré du talk « Partager du sens », AI Days 2026La frontière qui se déplace
Une grande partie de notre savoir-faire vit dans nos têtes : c’est du tacite. Les agents, eux, n’accèdent qu’à ce qui est écrit. Tout ce qui se transmettait par osmose, le collègue qui tique en relisant par-dessus l’épaule, le réflexe que personne n’a jamais noté, ne passe plus.
D’où une pression nouvelle. Écrire coûte cher. Accepter un contexte partiel est risqué. Reste à redécouper le travail entre humains et agents, le long de cette ligne.
Pour les humains d’abord
Notre parti pris : les techniques d’ingénierie de contexte, même quand le contexte est celui d’un agent, se pensent pour les humains. Elles s’inspirent de la façon dont, entre humains, on partage du sens. Et elles sont outillées pour que les humains gardent la main sur ce sens.
Trois relations à l’agent, six techniques.
L’IA pour vous
Le réflexe le plus utile : faire sortir votre tacite. Vous croyez avoir tout dit en trois phrases ; il en manque la moitié : le budget, l’échéance, pour qui c’est, ce que vous jugez évident. La technique, c’est une session de grill1 : l’agent repère d’abord ses propres angles morts, puis il vous pose les questions qui les comblent. Au bout, c’est lui qui écrit la trace, la mémoire de contexte qui guidera vos prochaines conversations.
Le bénéfice n’est pas que l’agent comprend mieux. C’est que vous avez clarifié ce que vous ne saviez pas que vous saviez.
Le même geste vaut pour les mots. « Client », « lot », « validé » ne désignent pas la même chose pour vous et pour l’agent, et il ne vous préviendra pas qu’il a compris autre chose. Faites-lui tenir un glossaire vivant, calqué sur votre langage.
L’IA contre vous, exprès
Ce qui freine la livraison d’un travail fait avec un agent, c’est rarement la qualité. C’est la peur : on sait exactement par où nos pairs vont attaquer. Cette carte des angles d’attaque est un savoir d’expert qui ne s’écrit nulle part.
La technique : la confier à des relecteurs hostiles par conception, chacun sous son angle. Quand le travail survit à leurs objections, on ose le livrer. Ce n’est pas la machine qu’on rassure, c’est l’expert.
Et pendant que l’agent travaille, demandez-lui des retours petits et fréquents, quelle que soit la taille de la tâche. Un agent qui part une heure en silence revient souvent à côté du sujet. De petits points de contrôle permettent de corriger la trajectoire tant que c’est gratuit.
L’IA entre vous
Un désaccord entre deux personnes est rarement un malentendu à dissiper. C’est de l’information. La technique consiste à mettre le désaccord en contexte : donner à l’agent les positions, leurs raisons et leur historique, pour qu’il enrichisse le groupe, pas pour qu’il tranche.
L’agent n’est pas neutre : celui qui choisit ce qui entre dans son contexte pèse sur l’issue.
Pour tout cela, donnez à l’agent le contexte de l’équipe : qui fait quoi, comment vous voyez votre groupe. Dites « nous » : non pour vous diluer en lui, mais pour l’intégrer en gardant la barre.
Qui écrit le contexte dirige la flotte
Dès qu’il y a de la technique, il y a des enjeux de pouvoir. Celui qui décide de ce que voit l’agent décide, en amont, de tout ce qui en sort. C’est une question de gouvernance et de maintenance, pas un détail technique.
C’est pour cela que nous construisons SolidSkills : une plateforme pour le cycle de vie de ce contexte, qui reste à ceux qui l’écrivent.
Pour commencer
Trois gestes suffisent pour commencer. Demander à votre agent de vous questionner avant de produire. Lui faire relire votre travail sous l’angle de vos pairs les plus exigeants. Lui donner le contexte de votre équipe.
Aucun ne demande d’outil particulier. Tous demandent de décider, en connaissance de cause, qui écrit le contexte.
Ces idées se travaillent aussi au Context Collective, la communauté d’ingénierie IA de Brest.
